Demandez !
21 February 2006 J’ai eu des réactions, suite à l’article « Je n’ai pas besoin de Dieu ». Il s’en est trouvé plusieurs pour me rappeler que la prière de demande était bien présente dans les évangiles « demandez et vous recevrez » et en particulier dans le Notre Père. J’ai remarqué que moi aussi je demandais beaucoup dans ma prière, mais je ne suis pas à une contradiction près !
Difficile de faire autrement, dans la mesure où l’on considère Dieu comme celui qui nous donne la vie. S’il nous recrée tous les jours et nous maintient dans l’existence, nous pouvons bien sûr le remercier pour ses bienfaits, mais la tentation est grande de lui en demander plus. Même Jésus nous y encourage.
Je persiste pourtant à croire qu’il faut éviter l’attitude du demandeur, toujours à solliciter, jamais satisfait de ce qu’il a. Le pire restant pour moi l’attitude magique de celui qui n’est prêt à donner à Dieu que dans la mesure où il reçoit. Il y a bien un donnant donnant dans la prière, mais sans égalité dans l’échange. Mon amour des autres est bien loin de la tendresse de Dieu et je ne peux guère m’en prévaloir pour obtenir ses faveurs.
Je ne suis pas en quête d’une récompense quand j’aime mes frères et que je m’oublie pour eux. Je le fais parce que je suis persuadé que l’amour partagé est ce qu’il y a de meilleur dans la vie et que l’existence est plus belle quand elle se déroule sur un fond de paix et de partage. Je ne suis pas moral parce que j’ai peur d’une punition divine, mais dans la mesure où je suis convaincu que le style de vie que j’ai adopté, loin de me diminuer, me permet de grandir, ce qui me rend réticent d’ailleurs quand je pense que ce n’est pas le cas. Je me tourne vers Dieu parce que je crois en sa bonté et pour le remercier de son amour bienveillant à mon égard et pour tous les hommes. Je me vois mal dire une dizaine de chapelet pour obtenir une grâce particulière ou faire un pèlerinage pour obtenir la satisfaction de mes revendications.
Je suis cependant en attente. Ne me sentant pas pleinement autonome, je me tourne vers les autres pour qu’ils m’apportent ce qui me manque, mais aussi vers Dieu : j’essaye de m’ouvrir à l’amour qu’il me donne. Loin d’être repu et blasé, j’essaye d’avoir toujours soif et faim. C’est pour cela que je demande.
La prière ne consiste pas à demander des babioles ou ce que je peux avoir par moi-même, pour peu que je me bouge. La requête envers Dieu porte plutôt sur un changement substantiel de mon être. Je n’ai pas besoin de demander du pain pour ce jour. J’ai d’autres moyens de m’en procurer. Mais si le pain dont il s’agit dans le Notre Père est la vie qui me vient de Dieu, j’en ai besoin chaque jour. Il en est de même si c’est l’amour qui me fait vivre et me soutient dans ma marche avec les hommes.
Dieu n’est pas un papa gâteau qui distribue des friandises si on les lui demande poliment, il est celui qui me constitue comme homme à chaque instant. Alors bien sûr que j’ai besoin de lui et que je ne peux pas m’en passer. Mes demandes sont une manière de me rendre disponible à cet amour créateur.
Dieu n’est pas coutumier des actions d’éclat, je le trouverais plutôt trop discret. Il est facile de l’oublier tellement il passe inaperçu. Ses merveilles ne sont pas spectaculaires, mais je le crois capable de me faire bouger au niveau de mon fondement (voire de me botter le cul !). Jean de la Croix nommait ces manifestations « paroles essentielles »(1) parce qu’elles touchent l’essence de la personne et non sa périphérie. Il n’y a rien à entendre mais tout à gagner. Sans doute qu’il est possible d’appeler « demande » ce corps à corps avec Dieu où, comme Jacob se battant avec l’ange (Genèse 32, 25-31), nous lui demandons de nous bénir.
Maintenant, pour ce qui concerne nos rapports avec Dieu, il est clair pour moi que chacun fait ce qu’il veut et prie à sa guise. Je pense que la vision d’un Dieu qui se laisse acheter ou convaincre, image dominante des religions traditionnelles, n’est pas dans la ligne de ce que nous en dit Jésus. Mais je me garderais bien d’avoir des opinions définitives sur Dieu. Il est bien au-delà de nos approches et ce n’est pas à moi à lui dicter ses comportements. Comme Job, au terme de son livre, je veux bien dire à Dieu que c’est lui le plus fort. Le prophète reconnaît que les critiques qu’il a faites, totalement humaines, ne touchent en rien sa grandeur. Ceci dit, il ne s’est pas privé et, comme Job, je suis pour ne pas censurer nos réactions d’hommes, même si on sait qu’elles ne sont pas adéquates. Il est souvent bon de vider son sac et Dieu est au-dessus de ça.
Et même, pourquoi pas demander à Dieu qu’il fasse beau demain ? Mieux vaut lui dire des bêtises que de ne rien lui dire du tout.
(1) La Montée du Carmel, chapitre 29